Vous attendez un enfant et votre premier réflexe est sans doute de faire le tri dans votre armoire à compléments. La question est légitime : pendant neuf mois, de nombreuses substances peuvent franchir la barrière placentaire, à des degrés variables. Un produit « naturel » n'est pas pour autant sans risque. Certaines plantes parmi les plus banales en phytothérapie sont déconseillées pendant la grossesse.
Le principe qui guide les autorités sanitaires est celui de précaution : pour beaucoup de plantes et d'extraits concentrés, on ne dispose tout simplement pas de données toxicologiques solides chez la femme enceinte, car ces essais ne sont évidemment pas réalisés. En l'absence de preuve d'innocuité, l'abstention prime. À l'inverse, quelques nutriments deviennent franchement utiles à cette période et font l'objet de recommandations officielles précises.
Cette page fait le point sur les compléments et les plantes à éviter, sur les seuils à connaître pour la caféine et l'alcool, et sur les nutriments à privilégier, toujours dans le cadre d'un suivi de grossesse et jamais en remplacement de l'avis de votre médecin ou de votre sage-femme.

La grossesse modifie en profondeur le métabolisme : volume sanguin en hausse, fonction rénale et hépatique sollicitées différemment, et surtout un fœtus en plein développement, particulièrement vulnérable aux substances actives durant le premier trimestre (organogenèse). Une molécule sans conséquence pour une adulte peut interférer avec ces étapes sensibles.
Les autorités françaises et européennes rappellent une distinction utile : les compléments alimentaires ne font pas l'objet d'une autorisation de mise sur le marché comme les médicaments et ne peuvent pas revendiquer le traitement ou la prévention d'une maladie. Ils ne se substituent ni à une alimentation variée ni au suivi médical. L'ANSES recommande aux femmes enceintes de ne pas multiplier les compléments de leur propre initiative et de signaler tout produit consommé à l'équipe qui suit la grossesse (1). Le bon réflexe est simple : en cas de doute sur un complément ou une plante, on s'abstient et on demande conseil.

Le tableau ci-dessous rassemble les substances les plus fréquemment déconseillées, par principe de précaution, pendant la grossesse et souvent aussi pendant l'allaitement. Cette liste n'est pas exhaustive : elle illustre les grandes familles à surveiller.
| Substance | Pourquoi la surveiller | Recommandation usuelle |
|---|---|---|
| Sauge officinale (forte dose, HE) | Présence de thuyone dans certaines préparations ; prudence avec les formes concentrées, notamment les huiles essentielles (2) | À éviter |
| Armoise, grande camomille, tanaisie | Traditionnellement classées parmi les plantes emménagogues ; données d'innocuité insuffisantes pendant la grossesse | À éviter |
| Persil (huile essentielle), séné | Persil en huile essentielle à éviter sans avis médical. Séné : laxatif stimulant à utiliser uniquement sur avis professionnel | Avis médical |
| Réglisse | La glycyrrhizine peut élever la tension et a été associée à un risque accru d'accouchement prématuré à forte consommation (3) | À limiter fortement |
| Adaptogènes et stimulants (ginseng, ashwagandha, guarana) | Données d'innocuité insuffisantes pendant la grossesse ; effet excitant pour le guarana (caféine) | À éviter sans avis médical |
| Vitamine A à forte dose (rétinol), compléments non conçus pour la grossesse | Tératogène à forte dose (4) | À éviter sans prescription ni avis médical |
| Aloe vera (latex) | Latex laxatif stimulant, usage déconseillé sans avis professionnel pendant la grossesse | À éviter |
| Huiles essentielles (la plupart) | Principes actifs très concentrés, données limitées | Avis professionnel impératif |
| Phytothérapie en général | Données toxicologiques souvent limitées chez la femme enceinte | Avis médical |
C'est la catégorie la plus sensible. Le terme emménagogue désigne traditionnellement des plantes réputées stimuler les règles. Plusieurs d'entre elles, de même que certaines huiles essentielles, sont déconseillées pendant la grossesse, faute de données d'innocuité ou en raison de constituants actifs concentrés (2). Armoise, grande camomille, sauge officinale, tanaisie ou rue figurent parmi les plantes classiquement écartées à ce titre. Les plantes riches en phyto-œstrogènes (sauge, houblon, fenugrec en dose thérapeutique) sont elles aussi déconseillées, car ces composés peuvent théoriquement interférer avec l'équilibre hormonal de la grossesse. En pratique, on évite l'automédication par les plantes, surtout sous forme d'huiles essentielles ou d'extraits concentrés, bien plus dosés qu'une simple infusion occasionnelle.
Le ginseng, l'ashwagandha et le guarana sont déconseillés pendant la grossesse. Le cas du guarana tient d'abord à sa richesse en caféine, qui passe le placenta et dont la métabolisation est ralentie chez le fœtus. Comme pour le café, mieux vaut ne pas trop solliciter son organisme : les compléments à base de guarana sont donc à écarter par prudence.
Pour le ginseng et l'ashwagandha, l'absence de données d'innocuité suffisantes pendant la grossesse justifie de les éviter sans avis médical. Les compléments au ginseng n'échappent pas à cette réserve. La maca du Pérou est dans le même cas : ses effets sur le fœtus ne sont pas connus avec précision, ce qui suffit à la déconseiller.
La vitamine A sous forme de rétinol est tératogène à forte dose. Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine a observé une fréquence accrue de malformations chez les enfants de femmes ayant consommé de fortes doses de vitamine A avant la 7e semaine de grossesse (4). C'est pourquoi les compléments riches en rétinol et la consommation de foie (très concentré en vitamine A) sont déconseillés pendant la grossesse. À distinguer du bêta-carotène (provitamine A d'origine végétale), que l'organisme convertit selon ses besoins et qui n'expose pas au même risque.

La caféine n'est pas interdite, mais encadrée. L'EFSA estime qu'une consommation habituelle allant jusqu'à 200 mg de caféine par jour ne soulève pas de préoccupation de sécurité pour le fœtus (5). Cela correspond à environ deux tasses de café filtre. Il faut toutefois compter toutes les sources : café, thé, certaines boissons énergisantes, chocolat et compléments à base de guarana ou de café vert.
Pour l'alcool, la consigne est sans ambiguïté : l'abstinence totale est recommandée pendant toute la grossesse, car aucun seuil sûr n'a été établi et l'alcool est tératogène (syndrome d'alcoolisation fœtale).

À l'opposé des substances à éviter, plusieurs nutriments voient leurs besoins augmenter et font l'objet de recommandations officielles. Leur supplémentation se décide avec l'équipe médicale, en fonction du bilan de chacune. Elle n'est pas systématique pour toutes. Les repères ci-dessous sont indicatifs et alignés sur les valeurs ANSES et EFSA.
| Nutriment | Repère pendant la grossesse | Allaitement / remarque |
|---|---|---|
| Énergie | +260 kcal/j (T2), +500 kcal/j (T3) | +500 kcal pendant l'allaitement |
| Protéines | Besoins accrus, surtout au 3e trimestre, à évaluer avec l'équipe médicale | +20 g/j pendant l'allaitement |
| Folates (B9) | 400-600 µg/j | Dès le projet de grossesse et au T1 +++ |
| Fer | 16 mg/j (référence ANSES) | Supplémentation seulement si carence documentée |
| Iode | 200-250 µg/j | Important pour la thyroïde et le cerveau fœtal |
| Vitamine D | 15 µg/j | Souvent à compléter |
| DHA (oméga-3) | 250 mg EPA+DHA (base adulte) + 200 mg DHA/j | Développement du cerveau et des yeux |
| Calcium | 1000 mg/j | Stable |
Le folate (vitamine B9) est le plus emblématique : il contribue à la croissance des tissus maternels pendant la grossesse, une allégation de santé autorisée au niveau européen (6). Les travaux disponibles associent un apport suffisant avant la conception et au premier trimestre à un développement normal du tube neural. C'est pourquoi une supplémentation est recommandée dès le projet de grossesse, en général 400 µg par jour selon la recommandation médicale, hors situations qui imposent une dose adaptée (1).
Côté oméga-3, l'apport de DHA par la mère contribue au développement normal du cerveau et des yeux du fœtus et de l'enfant allaité au sein. L'effet bénéfique est obtenu avec un apport de 200 mg de DHA par jour qui s'ajoute aux 250 mg d'EPA et DHA recommandés chez l'adulte (6). Le fer participe à la réduction de la fatigue et à un transport normal de l'oxygène dans l'organisme, et l'iode au fonctionnement normal de la thyroïde, deux fonctions particulièrement sollicitées pendant la grossesse. Ces bénéfices ne valent que lorsque le nutriment est présent en quantité suffisante pour l'allégation autorisée (6). Ils n'équivalent pas à une indication thérapeutique et ne dispensent pas d'un avis médical sur la pertinence et la dose de chaque complément. Pour les repères d'apports en iode pendant la grossesse, notre page dédiée détaille les points utiles.
La collection compléments grossesse et allaitement rassemble les produits pensés pour cette période. Aucun n'est adapté à toutes les grossesses par défaut : le choix se fait avec l'équipe qui vous suit.
Produits Natura Force à envisager : ces références sont à considérer seulement avec l'équipe qui suit la grossesse, jamais en automédication.
Le Pack grossesse réunit une sélection de supplémentation encadrée pour cette période.
L'huile de poisson Oméga-3 apporte des acides gras oméga-3 ; la dose et la pertinence se valident avec un professionnel de santé.

Tout complément ou plante envisagé pendant la grossesse devrait être validé en amont par votre médecin, votre sage-femme ou votre pharmacien. Quelques situations imposent un avis sans attendre : un produit déjà pris avant de découvrir la grossesse, une plante en cure ou en huile essentielle, un traitement chronique en cours, ou l'apparition de symptômes inhabituels (contractions, saignements, malaise) après la prise d'un complément. En cas d'effet indésirable suspecté lié à un complément, il est possible de le signaler au dispositif de nutrivigilance de l'ANSES.
Les plantes traditionnellement déconseillées pendant la grossesse (armoise, sauge officinale, grande camomille, séné), les plantes adaptogènes et stimulantes (ginseng, ashwagandha, guarana), la vitamine A sous forme de rétinol à forte dose, la plupart des huiles essentielles et les laxatifs stimulants, et bien sûr l'alcool. Par principe de précaution, on évite aussi toute phytothérapie concentrée sans avis professionnel.
Oui, mais de façon ciblée et encadrée. Les folates (B9) sont recommandés dès le projet de grossesse, et selon le bilan, votre médecin peut prescrire de la vitamine D, du fer ou de l'iode. Le détail des vitamines à envisager pendant la grossesse est traité dans notre guide dédié. On évite en revanche les fortes doses de vitamine A (rétinol) et les multivitamines non conçues pour la grossesse, qui peuvent en contenir trop.
Certaines spirulines apportent des protéines et des micronutriments, mais la composition, l'origine et les contrôles qualité varient fortement selon les produits. En l'absence de garantie de qualité et de données d'innocuité spécifiques à la grossesse, l'avis médical prime avant toute prise.
L'EFSA considère qu'une consommation habituelle allant jusqu'à 200 mg de caféine par jour ne soulève pas de préoccupation de sécurité pour le fœtus, soit environ deux tasses de café filtre. Pensez à additionner toutes les sources : thé, chocolat, boissons énergisantes et compléments à base de guarana ou de café vert.
Notez le nom du produit, la dose et le moment de la prise, arrêtez-le et contactez rapidement le professionnel qui suit votre grossesse : il évaluera la situation au cas par cas. En cas d'effet indésirable, le dispositif de nutrivigilance de l'ANSES permet de le signaler.
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